Le Kilimandjaro est le plus haut sommet du continent africain. Seul 45% à 55% des tentatives réussissent: 1 grimpeur sur 2 seulement arrive en haut. Mais pourquoi?
S’il ne présente pas de difficultés particulières en termes de technique d‘alpinisme, il n’en est pas moins dangereux et difficile.
1. La longueur, les difficultés, et le climat.
La voie Lemosho que j’emprunte représente 70 km d’ascension sur 8 journées. Le dénivelé total de l’expédition est de 4705 mètres en positif, et de 5285 mètres en négatif.
Quelques passages techniques sont particulièrement éprouvants, comme le « mur » de Barranco

La journée finale consiste en une arrivée à Barafu en début d’après-midi, une « nuit » jusqu’à 00h00. il s’agira ensuite de marcher 7 heures vers Stella Point (5700 mètres), 1 heure vers Uhuru Peak (5895 mètres), puis d’enchaîner 3 heures de descente vers Barafu, et 4 heures vers Mweka, soit 15 à 17 heures de marche.
Les conditions météo peuvent être particulièrement éprouvantes, puisque l’on passe de la forêt tropicale et ses 30 °c à un paysage de landes, puis à du désert alpin, pour finir par un climat arctique où la température descend à -20 °c la nuit.
La répétition des efforts et la rudesse du climat, engendrent des abandons fréquents.
2. L’altitude
Avec 5 journées à plus de 4000 mètres, et des pointes à 4650 mètres (Lava Tower), 4675 mètres (Barafu Camp, le camp de départ du sommet) et une ascension finale vers Stella Point (5700 mètres) puis Uhuru Peak (5895 mètres), l’altitude est le paramètre le plus important à gérer.
Avec 20% d’oxygène en moins à 1600 mètres, 40% en moins à 3000 mètres et 55% à près de 6000 mètres, les effets peuvent être dévastateurs : Nausées, migraines, perte d’appétit, insomnie, sensation d’étau dans la tête. Dans sa version grave, le mal aigu des montagnes entraîne des œdèmes pulmonaires et cérébraux.
La saturation de chaque grimpeur est ainsi mesurée chaque jour, et va logiquement baisser. Mais elle doit remonter après acclimatation. Ainsi, si au camp de base final, un grimpeur est à 70% ou moins, il devra renoncer.
Une dizaine de décès sont à déplorer chaque année lors des tentatives d’ascension.
3. La combinaison de facteurs
Si on ne récupère pas après quelques jours (absence de sommeil, nausées), l’état physique se dégrade rapidement.
Idéalement, la voie Lemosho sur 8 jours permet une acclimatation progressive, que n’offrent pas les autres voies. Elle est plus longue, mais renvoie le meilleur taux de succès. Ainsi, les effets de l’altitude se font ressentir dès le 2ème jour, avec ensuite un « test » d’acclimatation à Lava Tower le 4ème jour, avant de redescendre dormir à 4000 mètres. Le 5ème jour est réservé à l’acclimatation, avant de gagner le camp de base le 6ème jour, pour une « nuit » à 4675 mètres. En théorie, les effets de l’altitude se sont dissipés, car le corps s’est acclimaté. La saturation remonte, sauf problème, à plus de 80%.
Sur les voies courtes, en 5 ou 6 jours, on « saute » à près de 4000 mètres, pour enchaîner une ascension quasi immédiate. Le corps a peu de temps pour s’habituer, on monte malade, faible et fatigué. Et on échoue, souvent.
Voici un lien vers un article sur le MAM, mal aigu des montagnes.
Et voici une vidéo sur une ascension par la voie Machame, en 7 jours, qui retranscrit bien les difficultés éventuelles: